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Episode 31 : l'eldorado espagnol Cela fait déjà dix jours que nous sommes rentrés d’Espagne et pourtant nous attendons toujours d’atterrir. Que les personnes qui nous ont aidées à organiser cette tournée, notre label PuPilo, et les amis, et les amis d’amis, les organisateurs, Isa, Angel, German, Boris, Robert, Sara, Christina, Carmelo, Maria, Anne-Valérie, Sophie, Christian, et le public, qui nous ont accueilli là-bas soient remerciés pour nous avoir donné la possibilité de vivre ces moments forts en leur compagnie. Madrid est recouverte d’un épais nuage de pluie le jour de notre arrivée ; et nous qui espérions fuir la grisaille automnale belge… Après avoir pris possession de la voiture de location et découvert que les Espagnols considèrent que 300 m en voiture c’est très long, nous finissons par retrouver Arnaud du petit Journal de Madrid, journal des francophones expatriés, pour une première interview (voir lien). Nous passons plus d’une heure ensemble et ses questions sortent de l’ordinaire. Le résumé qui paraît est bien sûr loin de tout reprendre. Nous passons le reste de la journée à découvrir la ville en attendant de rejoindre Sara et ses amis à la Taberna Alfaro dans Lavapiés. Après avoir découvert l’ambiance nocturne de la ville nous prenons la route vers un quartier éloigné où un ami nous loge. Notre première surprise est ce bar que tient son père : El Diodon. Au fil de ces quelques années d’expériences festives, j’en ai vus des bars de nuit, mais celui-ci est vraiment particulier. Renommé depuis plus de 25 ans dans tout le quartier, il recueille les égarés de la nuit, et les transporte jusqu’à l’aube au rythme des meilleurs hymnes latinos. Une photo du boss entouré de ses choristes orne un mur, en souvenir des heures glorieuses du Tawata Show, lorsque sa camionnette jaune sillonnait l’Espagne pour y chanter de la samba et Jesus Christ Superstar. Derrière le bar cuivré, Juan Carlos et Pablo nous réservent un accueil chaleureux et nous entre les tapas quelques Carlsberg. Loin derrière nous déjà, le mirage du Diodon liasse quelques lumières étoilées lorsque nous retrouvons le reste de la troupe tout juste débarquée, à la terrasse du San Remo, entre quelques tapas d’oreille de porc et de jambon gallego, Major Deluxe dresse son plan de conquête espagnole. Après avoir loué une batterie de fortune chez Ignacio, et hésité longtemps sur l’achat d’une guitare à 79 euros, nous remontons la vile vers le Café La Palma. Sara nous avait dégotté des amis à elle pour faire notre première partie ; German (le programmateur) et Juan (l’ingénieur du son) s’affairent à tout mettre en place. C’est irréel, mais nous sommes en Espagne, sur cette scène qu’ont foulé avant nous Domnique A, Matt Elliott ou Troy Von Balthazar. Notre audience est petite, mais resserrée, prête à se laisser remarquer sur notre navire. Et la voilà pour peu qui chavire dès notre trio d’intro ‘My Last Dream’, ‘It’s Important To Me’ et ‘Time Life Takes’. Les flots d’applaudissements tempêtent jusqu’au final de ‘(Jumpin’ Over) The Fence’. German et Juan nous congratulent eux aussi. Mais déjà rompus par les doses chevalines de whisky qu’on nous sert, il est temps de battre retraite pour préparer notre passage à la télé du lendemain matin. François et moi échouons, heureux, au Diodon… Los Conciertos de radio 3, voilà sans doute le programme-phare de la radio-télévision espagnole en matière de pop. 6 chansons sont enregistrées dont 3 sont ensuite rediffusées à la télévision sur TVE2. A la suite de 100 autres groupes dont Lou Reed ou les Smashing Pumpkins, c’est au tour de Major Deluxe de distiller son disco-folk belge sur les ondes ibères. Pas le temps de serrer la mains aux 12 figurants venus faire la clap pour l’émission TV, nous reprenons la route vers Zamora où nous attend Boris et son équipe pour ce qui restera comme un des meilleurs moments de notre jeune carrière. Il fait déjà nuit quand nous arrivons à Zamora, petite ville provinciale sise à côté de la frontière portugaise. Tout est installé à notre arrivée et le soundcheck est vite mené par l’excellent Tomas. A peine le temps de se rafraîchir de Mahou (la Kronembourg locale), de prendre quelques photos, que nous empoignons la scène. Sous le nouveau système de lights dirigé par Boris, et devant une salle pleine à craquer (incroyable), l’ambiance est torride : nous enchaînons les morceaux dans une sainte ferveur partagée. Samuel harangue le public qui lui répond en hurlant, Thomas déchaîne la foule de ses roulements, Ludovic éclate ses notes de trompette par delà les acclamations. Après avoir avec le public sur ‘She’s A Hero’, après l’avoir fait sauter avec nous par-dessus ‘The Fence’, et fait reprendre en chœur la mélodie de ‘Tired Wings’, nous le quittons sur une dernière reprise d’‘It’s Important To Me’. La nuit nous offre alors une belle fête, entre la bière, le whisky, les farandoles et les jolies espagnoles. Une heure de sommeil à peine et nous voilà devant les 900 km qui nous séparent de Barcelone et le concert du soir. Ludovic, Samuel et François nous guident courageusement sur ces autoroutes sinueuses aux côtés desquels volent des Vautours fauves en nombre et quelques Aigles royaux. Du désert aux champs irrigués, des montagnes hirsutes aux plaines infinies, des villages médiévaux aux parterres d’éoliennes, nous roulons sans relâche vers Barcelone. Et enfin départis de la dense circulation citadine, nous arrivons avec quelque peu de retard au club où nous attendent notre amie Isabelle de PuPilo, et El Sintoma qui a déjà tout installé le matériel qu’il nous prête amicalement. A l’intérieur du Zac Club, entre les colonnes de miroir, le vide est glacialement entretenu par la climatisation. Nous faisons furtivement la connaissance d’Angel et de Robert, partenaires du label, écoutons quelques notes de la fusion prog-rock alambiquée d’El Sintoma, et c’est déjà à nous de livrer notre dernier concert espagnol. La salle reste désespérément vide et même nos amis expressément conviés arrivent en retard ou s’excusent a posteriori de n’être pas venus. L’ambiance n’y est pas ; et malgré que nous aurions beaucoup aimé réjouir nos partenaires discographiques espagnols d’un bon spectacle, j’ai plutôt l’impression que l’atmosphère se plombe. Quoi qu’il en soit, tout se passe très vite, et l’heure de rouvrir la discothèque à ses locataires du samedi arrive déjà. Ludo reçoit quand même quelques éloges, il les a bien mérités d’ailleurs. Nous sommes rapidement débordés par les latinos et la musique sur laquelle ils sont venus danser ; et eux mis à part, tout le monde rentre chez soi. Heureusement, le souvenir de ce final en demi-teinte s'estompe rapidmeent sur la plage le lendemain, et la visite de la ville remet les idées au beau fixe. Sophie enfourche François et son synthé sur son scooter et le dépose à la gare, puis c’est au tour de Ludo de braver Sophie et son scooter pour un gueuleton dans une auberge catalane en compagnie d’Anne-Valérie, Phil et Sophie, où l’on se régale de mets typiques locaux non sans reliefs : escargots, boulettes aux seiches et calamars frais. Nous terminons la soirée à la Cigale dans Gracia, un bar à Cocktail, où le serveur français Alex a manifestement un problème de dosage. Et comme d’habitude, nous refaisons le monde, modélisons à nouveau le projet, envisageons notre succès planétaire à venir, ou bien comment enregistrer notre prochain album sans argent. Et comme d’habitude, il est déjà tard quand nos paroles se perdent dans la nuit… Tout cela constitue un magnifique souvenir. Aujourd’hui, tandis que je fume mes dernières cigarettes espagnoles, et j’ai peur que ceux-ci s’évaporent trop vite. Mais la promesse d’un retour prochain devrait les raviver sans cesse. Photos du Concert de Madrid par Isabel Torrubiano Segador ; de Zamora par Boris et Casilda Delgado ; du concert de Barcelone par Arnaud Vercamen. |





















