News Soundtrack Video Resume Episodes Casting Reviews Studio Shop
Liste des épisodes
Épisode 28 : Happiness Fully Loaded Tour (en France)

Après s’être retrouvés une semaine en résidence dans l’orangerie du Botanique pour peaufiner un set déjà bien éprouvé sur les scènes belges, Major Deluxe prend à nouveau la route pour une série de concerts en France. Un van bien apprêté, avec toute l’équipe des musiciens, Quentin aux lumières, Tommy au son, et Julo le tourneur de Super, fend les autoroutes : Besançon, Dijon, Paris, Toulouse, Grenoble, Lausanne.

***

Arrivés au Cylindre à Besançon, nous rencontrons pour la première fois Les Georges Leningrad. Cette double affiche MD-LGL sera reprise trois soirs de suite dans le cadre du festival Francofffonies Mon Amour. Sur papier, l’association paraissait assez étrange, les Georges sont un groupe punk complètement déjantés du Québec et, a priori, à mille lieues de nos explorations musicales. Toutefois, en backstage, le courant ne tarde pas à passer entre Bobo, Mingo, Poney P. et nous. Bien que leurs atours très sages nous laissent encore perplexes quant à leur prestation que nous découvrirons hallucinés à peine trois heures plus tard.

Pour nous, tout se passe bien. C’est une sensation fantastique de se sentir en tournée. Une immersion musicale et humaine très particulière. Ce concert est le premier d’une longue série. Tommy gère à merveille et nous sommes tous en confiance. Quelques fans sont venus nous applaudir, et le reste de l’audience découvre positivement notre alliage psyché-pop-folk-disco-rock.

Après quelques bières, nous retournons à l’hôtel ; paumés dans la noire campagne, j’ai déjà envie de me lever tôt le matin pour aller écouter les oiseaux du coin. Le lendemain, Dijon, et l’Atheneum sur le campus universitaire, ne sont pas très loin. Bien à l’avance, Quentin va choyer les lumières toute l’après-midi dans cette jolie salle. Le temps d’aller se réjouir de la gastronomie française pour le plus grand plaisir de Samuel : « On mange bien en France, hein chef ? » et nous retournons nous installer patiemment. Dans l’amphithéâtre toujours vide, noir et silencieux, la magie des lights opère et nous pressentons la belle soirée qui s’annonce.

Pieds nus sur le linoléum, François et Sébastien entament un « My Last Dream » d’anthologie, prélude à des grands moments « Time Life Takes », « Winter Grey », « Golden » et enfin « She’s A Hero » qui nous voit monter dans les gradins, armés de percussions sur un final tenu haut par Samuel à la basse et Thomas à la batterie. Le public est déchaîné, nous sommes heureux. Les disques partent comme des petits pains et les affiches dédicacées aussi.

Le lendemain nous gagnons Paris en confiance, heureux à l’idée de revoir des amis et les gens qui nous soutiennent depuis la sortie du disque sur Tricatel. Nous buvons tous ensemble à l’étage du Point Éphémère quelques bières belges scrupuleusement stockées dans la remorque du van pour l’occasion. Mais voilà qu’au moment de nous préparer sur scène, le régisseur lumières fait des siennes. Hargneux, il refuse à Quentin d’accéder à la console, et fera nos lights lui-même. C’est le service minimum, et tout en jouant, désagréable sensation, je l’aperçois ricanant derrière sa console. Son dessein, réserver le light exceptionnel qu’il avait préparé pour les Georges Leningrad. Bien qu’il soit parvenu à bousiller notre enthousiasme, et que ses efforts pour aplatir les lumières nous handicape, nous sommes forts de bonnes expériences et jouons plutôt bien. Ce n’est pas un set mémorable, simplement honorable, et que remarquent les amateurs du genre.

Un jour de repos s’annonce le lendemain et nous faisons la fête avec des filles. Je ne me rappelle plus de tout, seulement que ça dégénérait parfois et que nous sommes rentrés bien tard à l’hôtel. Le lendemain, nous avons glandé sur l’agréable terrasse du Point Éphémère, le long du canal, Quai de Valmy, en se demandant longtemps si Rodolphe (Flexa Lyndo, Baum…) allait finalement nous rejoindre pour son lift vers Grenoble. Vers 17 heures, ne parvenant pas à le joindre, nous primes la route. Je me rappelle la sortie de Paris, le soir tombant déjà, Ludovic était au volant et nous sentions, tous engourdis, les nuages bas mordorés, les bonnes vibrations de la route et celles de Jukes dans le lecteur CD formaient un bien agréable écrin ouaté.

Direction Toulouse. On loupe la bifurcation autoroutière et nous nous retrouvons vers 1 heure du côté de Clermont-Ferrand. Le guichet automatique de l’hôtel nous ouvre ses portes. Les grives mauvis migrent en sifflant par centaines au-dessus de nos têtes. Une bonne nuit de repos était bien nécessaire. La route entre Clermont et Brive est superbe, des Milans royaux nous accompagnent.

A Toulouse, c’est l’Entreprise qui a concocté sa surprise. Nous jouons dans l’Entrepôt d’un bar à bière belge avec Paul Stuart et Momotte. François, qui n’avait jamais vu Paul Stuart, est séduit par la transposition scénique de leur magnifique album « Talk About Particular Generalities » paru également sur TOP 5 records. Séduit aussi par Amandine de Momotte. Momotte et Mou, ces deux-là c’est tout un poème. La musique de nos amis toulousains est tellement géniale, qu’on se demande bien pourquoi le succès ne leur a toujours pas ouvert les bras (quelques mois plus tard Momotte partira tout de même pour une tournée glorieuse en ouverture de Katerine).

Après les fastes de la première partie de tournée, Toulouse nous réserve, je vous le disais, quelques surprises. Mais nous passons allègrement sur les problèmes techniques et autres, pour clore énergiquement une belle soirée de musique. Les quelques curieux du club indé toulousain à avoir fait le déplacement ne sont pas déçus. Avec les recettes nous commandons des pizzas, renonçons aussi à chercher logis plus confortable et installons notre camp sur les divans de la salle, avec Jecky, le chien du patron punk (qui loge à côté dans le stock), et avec qui nous bûmes jusqu’à la lie les fûts ouverts pour la soirée.

Le lendemain, impossible de se départir des géniales mélodies de Momotte entendues la veille, et tout le trajet nous reprenons tous ensemble les vertus du « Commerce équitable », titre inénarrable ouvrant l’épique « Sexe contre nourriture » qu’il vous faut absolument découvrir sans délais.

La route qui nous attend pour Grenoble est bien longue, et tandis que nous traversons le Sud, longeant là la mer Méditerranée, remontant ici un coteau aride paré de cyprès colonnaires, nous écoutons au casque les enregistrements sur mini-disc des concerts des jours précédents. Malgré le temps qui presse et vues les incertitudes planant sur l’organisation de Rodolphe (toujours injoignable) pour le concert de Grenoble, nous décidons de faire un arrêt touristique à Carcassonne. 10 euros et un embrouillamini avec le gardien du parking plus loin, un rapide tour de la ville, repère pour touristes dominicains, et nous repartons. A proximité de Grenoble, nos ennuis continuent aux guichets ; c’est à celui du péage que se déroule cette fois la scène, là où on veut nous faire passer au tarif camion sous prétexte que le toit du van dépasse de 2 centimètres les 2 mètres. Mais c’était sans compter sur notre ingéniosité. Quitte à faire enrager Bison futé en allongeant les files d’attente, nous débarquons patiemment la remorque et chargeons le coffre du matériel le plus lourd. Nous finissons même par monter tous les musiciens sur le pare-choc arrière pour faire baisser la hauteur du châssis, sous l’œil mi-amusé, mi-perplexe des responsables du péage. Nous avons quand même évité de dégonfler les pneus…

Le St-Arnaud est un bar du mauvais quartier, à l’arrière duquel une petite salle est sommairement aménagée. Heureusement d’ailleurs que Tommy a emporté son fer à souder pour remonter in extremis la sono. Les amis chez qui nous avons demandé l’asile sont bien là, avec quelques potes, mais les affiches que nous avions envoyées ne sont apparemment jamais arrivées, pas plus que la confirmation du concert qui n’est annoncé nulle part. Rodolphe est toujours mystérieusement absent et Sam tire la gueule. Finalement, le concert se passe bien. Le plaisir de jouer ensemble sur cette tournée nous fait vite oublier les mauvais tours. La soirée se termine une fois plus dans l’allégresse autour des pizzas géantes commandées par la patronne et dans l’affairement pour Samuel des co-locatrices de notre hôte Valérie.

Bientôt la fin de la tournée approche, Lausanne est notre ultime étape. Nous y retrouvons Quentin qui s’était éclipsé pour les deux précédents concerts. Le Bourg est un ancien cinéma de quartier reconverti en club chic par Kata et ses comparses, le lieu est sublime. Sur la scène il y a un vieux piano pour accompagner les muets qui servira à François pour jouer « Winter Grey » et autour duquel nous installons notre attirail pour cette dernière date.

Nous nous dirigeons ensuite vers la Radio Suisse Romande où la cultissime émission Radio Paradiso nous fait l’honneur de nous recevoir pour un set acoustique. Derrière le piano Steinway où s’installe François, c’est Lou Reed qui s’était assis la semaine précédente. François, Ludovic et Sébastien jouent « Meanwhile » et « Winter Grey » entre les sessions d’interviewes des fauteuils rouges de l’incroyable studio 3 de la RSS. Le présentateur est un fan de Tricatel et Burgalat, il ne tarit pas déloges sur notre album.

Puis repus d’un magnifique repas traditionnel dans le loft hallucinant de nos sympathiques hôtes, dédié aux objets de collection design 60’s-70’s, et après une interview d’anthologie avec Nicolas Meltzer pour Lords Of Rock (voir liens dans la section de ce site), nous jouons enfin devant un parterre d’invités triés sur le volet. Seuls en lice ce soir, nous en profitons pour faire un long set, et tout y passe. L’audience est ravie ainsi que nous-mêmes, bien que nostalgiques déjà de cette semaine d’aventures.

Une courte nuit dans l’hôtel le plus chic qu’il m’ait jamais été donné de visiter, et déjà sonne l’heure du retour. Mis à part le bris d’un rétroviseur par un camion polonais nous dépassant à droite dans les files, et des arrêts subséquents au garage et au bureau de police suisse, le retour se passa sans encombres notables. Sauf que bien sûr, nos interminables discussions organisationnelles reprirent de plus belle et donnèrent de beaux coups de gueule ; mais ça c’est une autre histoire…

***

Tout cela, c’était il y déjà a presque un an ; je ne sais pas pourquoi j’ai mis tant de temps à vous l’écrire. Les souvenirs sont en tout cas vivaces et je sais que l’impression laissée par Major Deluxe sur la route restera à jamais très positive.

Sébastien 09-09-2007

***

Le Café-Théâtre Le Bourg est un ancien cinéma de quartier reconverti avec goût par Kata et son équipe en magnifique salle de spectacles. Major Deluxe s’y produit ce soir-là. Groupe belge composé de Sébastien (guitare et chant), François (clavier et piano), Thomas (batterie), Samuel (basse) et Ludovic (trompette et clavier), Major Deluxe est un must. Leur premier disque, Skyline Society, a déjà le caractère d’un chef-d’œuvre. Mais le groupe de Bruxelles est aussi une formidable bête de scène, capable de tisser une atmosphère sonore riche et cohérente, et offrant un spectacle à la (dé)mesure des talents musicaux qui la composent. Attaquant très fort avec un tout nouveau morceau (« My Best Dream »), Major Deluxe fait une entrée magistrale : imaginez une sorte de boogie à la Ten Years After auquel répondrait une trompette inspirée par Sergio Leone…vous y voilà. Effarant, nouveau, baroque, les qualificatifs pleuvent quand on écoute «ces gens-là », comme dirait Brel. Et leur musique de bouleverser nos à-prioris, de titiller nos émotions les plus enfouies, par la force seule du jeu accompli d’orfèvres fantasques mais précis (aaah le talent du pianiste, ses allures de dandy disjoncté et ses rituels rigolos…ou le trompettiste, subtil et redoutable malgré son expression proprement lunaire)…car un concert de Major Deluxe est une expérience totale, où les attitudes ne sont que le reflet d’une concentration portée à son maximum. Seul le chanteur Sébastien reste désinvolte dans la tourmente et pourtant ses textes expriment une fragilité et une mélancolie profondes (« Winter Grey » - « There’s no escape from winter, I’m drownin’ in the grey »). De même, tous les contrastes qui composent leur musique trouvent leur point de convergence à un moment ou un autre, comme dans « She’s a Hero », chanson semblant refléter les divagations d’un psychopathe, et qui finit en joyeux délire narco-mariachi ! Et que dire de « Goodbye », folie disco où le fantôme de Patrick Hernandez (mais oui, « Born to be Alive » vous vous rappelez ?) viendrait rendre visite au groupe Air ? La fantaisie n’exclut néanmoins pas la tristesse : « Nothing Alongside » (encore une nouveauté !) est un exercice émouvant et très folk, semblable en cela à certaines compositions poignantes d’un Johnny Cash, par exemple. Ainsi l’endroit et le groupe ont collé parfaitement ce soir-là, et c’est dans un état proche de la sidération que les spectateurs sont retournés à leur quotidien.

Nicolas Metzler (www.lordsforrock.ch)